Esperluète

Esperluète, ruban de brume ou de fête, farfadet se glissant, espiègle & sautillant, dans le jardin des lettres.

Dire que tu fus longtemps la vingt-septième lettre de l’alphabet & que personne ne le sait plus aujourd’hui. On t’a… oubliette !

On raconte que ton nom, en provençal, dit exactement ce que tu es : es per lo et, c’est pour le et. Et que les enfants t’ont inventée pour enchanter la ritournelle de l’alphabet.

J’ai appris récemment qu’aujourd’hui certains te nomment ‘et commercial’. Quel affront à ton histoire, à ta légèreté, ta délicatesse, ta présence gracieuse & généreuse !

Pour moi, tu danses dans les phrases, tu caracoles en farandole.
Tu dis que rien n’est sérieux, que tout a une double lecture. 
Tu parles la langue des oiseaux. 
Tu ouvres des fenêtres partout où tu passes.
Tu es l’intelligence du geste, la fulgurance de la pensée. 
Tu mets de la beauté dans les polices de mauvais caractère.

Choisir de t’écrire ‘ette’, -e 2t e-, c’est encore te faire un affront. Tu n’es pas un diminutif. 
Tu es un caractère, un sacré caractère.

Tu es mon mot fétiche, mon talisman.
Tu tisses du lien entre les lettres & les chiffres.
Tu es un monde à toi toute seule.

Si j’ai toujours pensé que, dans une autre vie, rêveuse & lointaine, j’étais typographe, c’est à toi que je le dois.
Tu es comme une résurgence.
Tu dis que tout est là, que le temps n’existe pas.

Tu portes en toi les légendes de Brocéliande, la fièvre des ateliers d’imprimeurs, l’imagination des hommes, le chant ininterrompu des enfants du monde.

& & & & & & & & & & & & & & & & & & &

Texte & illustration © Nathalie Esperluète

Laisser un commentaire