Langue de silence 

Un jour, tu t’es trouvée sur le balcon du monde. 
Devant toi, le chaos d’une mosaïque abandonnée. 

L’énergie folle de la guerre saturait l’air d’odeurs fétides
La nausée nous brouillait la vue
Tout était flou dans la tempête
Rien de solide pour le regard.

Fermer les yeux. 
Retrouver dans le brouhaha la petite musique dérisoire qui te rassurait dans le noir, 
feu follet vacillant qui terrassait tes cauchemars. 

Poser la main sur le muret
Sentir la pierre millénaire 
déroulant tout autour du monde les chemins de ronde, les cartes du Tendre, les routes vers soi, 
dessinant sans s’interrompre l’alphabet de l’espérance dans la langue du silence. 

Rouvrir les yeux. 
Chercher les repères. 
Retrouver les notes, ténues mais têtues, qui te guideront malgré le fracas, 
un coin de ciel bleu, 
un coquelicot,
deux ou trois nuages en forme de plume, 
la ligne de crête qui brode le ciel comme une dentelle & tisse les fils de cet alphabet que tes pas déchiffrent,
           un jour après l’autre. 

                       Langue de silence, 
                                   chemin d’espérance.

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Texte & photo © Nathalie Esperluète




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