Des jours que la tempête fait rage.
De nuit comme de jour, le vent s’acharne à démonter la mer, brutaliser les bois, effarer les oiseaux.
On est sans repos.
On sait tous que le vent & le feu cheminent ensemble.
L’inquiétude est palpable.
On a peur pour la forêt qui borde le village, pour les maisons d’en haut, l’école & l’atelier du menuisier.
Notre impuissance collective, nos cauchemars intimes, la peur, le silence qu’on s‘impose, rendent l’air irrespirable.
On n’ose plus se regarder.
Au début, chacun s’était affairé à mettre de l’ordre. On avait réfléchi & agi en conséquence, posément.
Mais la tempête s’éternise.
Le feu n’est pas venu encore.
Il occupe toutes nos pensées.
Chacun livre une bataille intime pour ne pas céder à la panique.
Que pourrais-je faire de plus ?
Je ne peux pas partir.
Est-il vraiment possible de tout perdre ?
Le vent, comme une basse,
omniprésente, obstinée, répétitive,
qui nous place, sans haine ni malice, devant nos insouciances & nos légèretés,
qui marque le tempo de notre folie douce,
qui pointe, sans prétention, la suite échevelée de nos incohérences.
Le vent repartira.
Savoir faire le dos rond.
Savoir se départir de tout le superflu.
Accepter sa puissance.
Et le vent reviendra.
Il nous retrouvera.
Qu’aurons nous fait de plus ?
Aurons-nous tout perdu ?
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Texte & photo © Nathalie Esperluète
