Je n’imaginais pas la forme que prendrait le temps,
chapelet de nuits & de jours minuscules qui s’étire sans fin,
saisons blanches,
déserts brûlants, sans eau, ni ombre,
retour inexplicable des fleurs & des oiseaux.
Toute une alchimie souterraine que je porte aux yeux du monde,
qui me traverse sans limite & sans permission.
À la fois théâtre et témoin,
abri des êtres minuscules,
je déteste le vent qui arrache mes feuilles & sème la panique parmi le petit peuple qui s’entrecroise sur les routes de ma ramure.
Posé sur l’horizon,
spectateur des nuits de feu & de fureur,
du galop incessant des armées de nuages,
Balise, jalon, repère,
je suis comme un vaisseau qui ne bougera pas,
sentinelle que personne n’écoute,
muezzin dont on n’entend plus la prière.
Les tempêtes couvrent ma voix,
la neige efface ma présence,
les oiseaux ont perdu leur boussole.
Et si la forme du temps,
c’était la force du bourgeon & la certitude de son retour ?
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Texte & photo © Nathalie Esperluète
