Lézarde & fauve

Je crois que les enfants n’arrivent que par les nuits sans lune, lorsque nous oublions, perdus dans la noirceur, que nous ne sommes faits que de chaîne & de trame, des longues fibres douces, chaudes & chatoyantes du tissu de nos songes.

La procession des mots qui écrivent nos rêves, portant ses oriflammes, ses lampions, ses idoles, nous laissant au matin devant un grand tapis jonché d’images folles, de fauves improbables, d’espaces inexplorés, d’odeurs bleu marine, la procession des mots qui écrivent nos rêves n’en finit pas de dessiner nos traces avant qu’on les emprunte & de tisser nos jours de fils incandescents & de rubans de brume. 

Il y aura des lézardes, comme animal totem, capturant la lumière, se chauffant sur la pierre ou comme sentinelle, annonçant dans le ciel l’arrivée de l’orage. 
Lézarde comme une trace, la ligne de la main, la frontière incertaine, la lisière mouvante, la route que l’on fait nôtre, se frayant un passage à chaque page blanche.

J’écris depuis la terrasse de l’automne. 
Je vois le monde devenir fauve. 
Le vent feule dans les forêts, saupoudrant tout de rouille & d’or. 
Les nuages allument un feu pour chaque sommet. 
Il fait chaud dans le soleil couchant. 
La nuit refuse de venir, les rêves ne sont pas encore prêts.
Peut-être, tout sera blanc demain. 
Mais, ce soir, le monde devient fauve, auréolé d’un châle de feu, de pourpre & d’or. 
Tout respire l’hiver venant, comme on refuse de mourir.

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Texte & photo © Nathalie Esperluète

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