Le rêve du jardin

Ce matin-là, elle eût la sensation diffuse de se lever avec son rêve. Il était là quand elle mit son châle, prépara son café. Elle avait la sensation cotonneuse que la nuit n’était pas terminée, qu’elle avait encore des choses à lui dire.

Elle n’avait jamais compris pourquoi l’accord ne s’était pas fait. Elle avait des idées, certes bien arrêtées, mais qui lui semblaient tout à fait ordinaires. Pourtant, le jardin les refusait. Obstinément. C’était un peu agaçant, décourageant, humiliant même.
Elle rêvait d’un jardin à l’anglaise, de buissons argentés & très élégamment vaporeux, comme dans les magazines de décoration qu’on feuillète chez le dentiste. Elle rêvait d’ombre, de dentelle fine & de pastel. Mais le jardin le refusait.
Elle avait insisté, deux ou trois printemps tout de même. Les pierres revenaient, la brutalité du soleil, le vent, indifférents à son rêve.

Sa tasse de café fumante à la main, elle sort. 
Soudain, c’est évident. 
Elle descend les quelques marches, enlève ses chaussures & s’assoit dans l’herbe. Elle ferme les yeux. Le rêve s’enroule autour de ses épaules. Elle se love dans l’instant, l’écoute, le respire, le boit. 
Elle se fait plume. 

Le jardin se raconte, l’énergie souterraine qu’elle n’avait pas su lire, l’attente, la patience silencieuse & déterminée. Posée dans l’herbe, lovée dans son rêve, elle entend que le jardin l’attendait, qu’il avait besoin de cet abandon pour accepter sa présence, qu’elle ne déciderait de rien, mais que tout était possible. 

Le rêve de la nuit ne nous appartient pas, le rêve du jardin non plus. 

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Texte & photo © Nathalie Esperluète

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