Une invitation à la danse

Elle n’avait jamais parlé cette langue. 

Parler, pour elle, c’était déposer son âme,
ses déchirures,
toutes ses tentatives de ravaudage,
sa patience de mosaïque engloutie depuis mille ans. 

Elle regardait le temps qui passe définir les contours du monde,
papier mâché & remâché,
contre-jour & contre-plongée.

Parfois, elle se penchait au-dessus du vide,
dans le bleu de l’instant fracassé,
cherchant son double effarouché
sur les chemins de poussière,
les lignes de fuite,
le flou blafard de l’arbitraire. 

Elle ne comprenait rien à rien. 

Le temps qui passe & qui avance,
les milliers de points aveugles courant les uns derrière les autres pour se jeter de la falaise ou se cogner contre la vitre.
Ils n’avaient pas de points d’appui,
& jouaient une partition sans entendre la mélodie,
sans s’imaginer ponctuation. 

Elle ne comprenait rien à rien. 
Mais elle ne pouvait s’empêcher de déposer son âme au-delà de ses impuissances,
sur une de ces lignes de force que cachent les théâtres d’ombre,
qu’elle percevait en filigrane,
en suivant sans se retourner
le fil tendu entre les âmes,
une guirlande de lucioles,
une invitation à la danse.

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Texte & photo © Nathalie Esperluète

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