Elle fait ce qu’on doit faire. Elle peut même raconter ses journées, qui elle a vu, qui a apporté des fleurs, qui a un cartable neuf. Elle ne sait pas ce qu’elle raconte mais elle voit bien que ça convient.
Les mots dessinent ses journées avec une connivence de frères. Elle ne doute pas d’eux. Ils n’en feront pas trop.
Écouter est comme un chemin, les gens se disent comme des contes.
Mais, pour ne pas s’éparpiller, pour ne pas se perdre de vue, pour rentrer chez elle chaque soir, il lui faut ses propres mots, sa propre histoire.
Respirer est impossible dans ces phrases de Carnaval. Et tout ce qu’elle grappille pour elle, qu’elle cache au fond de ses poches, qu’elle dérobe aux apparences, tout le double sens des choses, le reflet des glaces sans tain, le revers des prix d’excellence, la lente succession des jours & l’impatience des matins, chaque galet de la rivière, chaque églantine de la grille : un rang de plus sur la trame de son histoire.
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Texte & photo © Nathalie Esperluète
