C’était l’ombre, l’ombre dansante parmi les feuilles, l’ombre brodeuse de hiéroglyphes, l’ombre portée par les oiseaux.
On ne cherchait que l’ombre, la fraîcheur de la mousse, l’abri de granit rose, le silence feutré, enveloppant, complice.
Loin des foules, sur les sentiers battus, les plages exposées, dans le vacarme multicolore & aveuglant du plein cœur de l’été, on ne cherchait que l’ombre.
En s’éloignant, à contre-courant, comme étonnée de percevoir la dilution des foules, on prenait furtivement le chemin de traverse à l’angle de la place.
Rugueux, grimpant, fait de rocaille & de pavés de noir basalte, il ne disait rien qui vaille.
Il fallait avoir appris son secret d’un vieux ou d’une vieille qui l’empruntait, comme son père ou sa grand-mère l’avait emprunté, pour aller récolter les rameaux de noisetier, les chanterelles & les myrtilles.
La grimpette décourageait les foules & protégeait son secret. Elle ne durait pas longtemps, nous plaçait au-dessus des dernières maisons & se noyait très vite dans les bois.
L’ombre était là.
Chaude, tranquille, zébrée de libellules, poudrée d’or & du chant des oiseaux.
Le monde respirable & patient, le petit monde des mousses, des sources, des haies, univers autonome que rien ne dérangeait, abritait l’ombre.
On pouvait choisir sa place, sortir son livre & sa gourde, enlever ses chaussures, poser ses pieds nus, ses mains dans la mousse, respirer la brise & ne plus savoir qui la pierre, qui la mousse, & qui moi.
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Texte & photo © Nathalie Esperluète
