Le vent avait enfin cessé.
Il nous laissait épuisés, soulés, le pas incertain, ne sachant plus où s’appuyer, de quel côté se protéger.
Ses hurlements incessants nous empêchaient de réfléchir, de chanter, d’imaginer un avenir.
Tout était soumis à sa force, notre sommeil, nos rêves & la fraternité.
Mais ce matin-là, le vent avait enfin cessé.
L’incertitude qu’il laissait derrière lui dura longtemps. On respirait petitement, on levait la tête avec étonnement.
Les nuages semblaient ne pas comprendre ce qui leur arrivait. Les regarder prendre possession du ciel comme on savoure l’herbe tendre d’une clairière était un baume pour nos cœurs endoloris.
Les lignes qu’ils traçaient avaient le temps de se croiser. Les plus petits, les plus légers, couraient les uns après les autres comme un troupeau de poulains sauvages, pour le plaisir de galoper dans l’air vif & l’herbe haute. Leurs hennissements muets ouvraient nos poumons & libéraient nos ailes.
Le vent avait cessé.
Nous reprenions le cours de nos pensées, les enfants retrouvaient leurs jeux.
De nouveau, le chant des oiseaux accompagne la source sur son chemin de pierre & de mousse.
Tout est plus lent, plus doux, plus rond.
Tout est plus dense. On retrouve le poids des choses, leur consistance & leur présence.
Le fracas du vent s’est éteint.
Il ne s’agit plus de sauver sa peau mais de savourer l’instant, d’avoir le temps d’en faire le tour, de choisir amoureusement ce qu’on mettra dans sa besace, galet, chanson, fragilité de l’iris bleu, chaleur de ta main dans la mienne, tout ce qui nous donnera la force & la patience de traverser la prochaine colère du vent.
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Texte & photo © Nathalie Esperluète
