Tout fait chemin & tout fait langue.
Il n’est que de suivre le vent & de choisir son bagage.
Laisser son pas faire cadence, porter son regard au-delà,
poser sa main sur les écorces & tresser quelques fils de soie,
danser au feu de la récolte
aimer la pluie quand elle est là.
Tout fait chemin & tout fait langue.
Oublier son vocabulaire, changer les notes de l’alphabet,
nommer la graine pour l’enfant & la couleur de l’arc-en-ciel,
apprendre la patience du lierre, la rugosité de l’hiver.
Accepter de ne rien savoir & prendre la main de l’enfant.
Si tu dois choisir ton bagage,
oublie ta langue & ton chemin.
Fais de toi comme un paysage,
fibres tissées, entrecroisées,
dentelle de branches & de plumes,
écharpes de brumes,
lignes de la main.
Tout fait langue & tout fait chemin.
Pose ton sac. Vide tes poches.
Ralentis ton pas un instant.
Oublie ton nom & la saison.
Oublie la chanson dérisoire qui te rassurait dans la nuit,
les graffitis incandescents, le bruit stupide des drapeaux.
Pose tes pieds dans la rivière sur le sable miraculeux.
Regarde s’effacer tes traces dans le courant.
Galets, sable, pointillé furtif de la truite.
Tout fait langue & tout fait chemin.
Regarde s’effacer tes traces & choisis ce que tu emportes.
Trois ou quatre vies éphémères,
l’éclair bleu de la libellule & la patience du lierre,
les questions qui ne servent à rien mais conjurent le mauvais sort,
le vent qui finissait tes phrases, renversant les échafaudages,
la graine du hêtre & du chêne,
la main de l’enfant dans la tienne.
Tu parleras toutes les langues & visiteras tous les âges.
Tout fait langue & tout fait chemin
Et tout sera dans ton bagage.
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Texte & photo © Nathalie Esperluète
