Je ne sais pas où j’habite

Je ne sais pas où j’habite.  

Tantôt une yourte nomade, peuplée de couleurs & de courants d’air, de légendes & de cris d’enfants. Tantôt une chaumière de pierre blonde, au bout d’un chemin de sous-bois, de brume & de clairière, posée là depuis l’an mil. Tantôt une jolie longère des bords de Loire, patiente comme le fleuve, fraîche comme sa source de montagne & ouverte jusqu’à l’estuaire. 

La maison n’a peut-être pas d’importance. C’est l’humeur du jour qui l’habille. 

Je crois que j’habite le jardin, mais peu de jours dans l’année.

Des jours d’automne & de grand vent, qui nettoie le ciel, les feuilles mortes & la mélancolie. Des jours de châle sur les épaules, de chat qui ronronne & de tarte aux pommes.

Des jours de fraîcheur vivifiante qui disent : l’hiver qui s’en vient apportera l’eau, le silence & la force. 

Des jours d’hiver craquants, crépitants, presque aveuglants de volonté farouche, des jours de lutte, des jours d’ancrage, des jours de « C’est là que j’habite. » Des jours de feu, de flamme & de lumière vives. 

Des jours de printemps, de petits pas, de timidité délicate & attentive, de détermination minuscule & puissante, des jours de construction, d’architecture, de promesses & de souvenirs. 

Mais je n’habite pas l’été. Ces jours qui brûlent tout, sûrs de leur force, ivres de parfums frelatés, sans nuance ni patience. Non, je n’habite pas l’été, le bruit, les foules, les certitudes.

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Texte & photo © Nathalie Esperluète

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