Nos derniers luxes

Elle l’avait toujours su, mais un jour, cela lui était apparu en une formule lapidaire.
Nos derniers luxes seraient le temps, le silence, l’espace…
et le chant des oiseaux. 

Rien à voir avec l’infini. Tout cela pouvait tenir entre ses mains. 

Elle les portait avec elle, ils la portaient depuis toujours.

Son jardin était minuscule, enclavé, pour tout dire incongru, un grain de sable sur un parquet ciré, un chant d’oiseau dans le métro. 

Elle avait l’oreille fine & la vue perçante. Parfois, elle se disait qu’elle avait dû être un rapace et que, de cette vie-là, elle avait gardé ce qui tient en éveil, ce qui dessine le paysage, la couleur de l’écho, l’épaisseur de la neige, la force du bourgeon.

Le jardin était minuscule. Quand elle l’avait repris, – elle ne savait pas comment dire autrement – elle avait arraché le chiendent, un printemps après l’autre, patiemment, après chaque pluie, pour imaginer le remplacer par quelques légumes & quelques fleurs ; elle l’avait retourné pour enlever les pierres, patiemment, un printemps après l’autre, en se demandant tout de même à quel moment de la journée ou de l’année, une armée de lutins pouvait bien venir les remettre. Elle avait constaté avec étonnement qu’aucune des graines semées avec science & méthode n’avait décidé de lever. À la place, une mauve immense trônait au milieu d’un nuage d’abeilles, les coquelicots étalaient bruyamment leur tapis insolent & frondeur. Quand elle avait compris que ce jardin avait décidé de vivre sa vie & qu’elle était joyeusement invitée à y prendre place, mais pas le pouvoir, les deux images s’étaient accordées : le jardin de ses rêves & le rêve du jardin. 

Le temps ferait le reste, chacun aurait sa place.

… et le chant des oiseaux.

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Texte & photo © Nathalie Esperluète

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