S’arrêter. S’asseoir. Se poser.
Regarder.
Écouter l’air respirer.
Observer.
Attendre que le lopin de terre esquisse une forme de jardin.
Se concentrer. Devenir regard.
Se demander si cet avenir est une possibilité ou une hallucination.
Par où commencer ?
Rester assise. Ce n’est pas ne rien faire. C’est devenir jardin.
Patienter. Patienter.
Se lever.
Essayer de repérer les lignes de faille, l’herbe plus jaune, les îlots de fraîcheur, la présence des pierres.
Les pierres, on sait qu’il y en aura beaucoup.
Parcourir le lopin de terre pieds nus.
Les pierres t’écorchent, l’herbe te rafraîchit.
Fermer les yeux.
S’immobiliser un instant ici & là.
Déchiffrer la langue du jardin qui n’est pas encore là, l’écho que se renvoient les arbres, la géométrie invisible des fleurs qui pourraient choisir cet espace.
Rester debout, les yeux fermés & les pieds nus.
Patienter. Patienter.
Les mains.
Tu as vu, entendu.
Tes mains veulent agir. Les mains ne patientent pas.
Arracher, déplacer, creuser. Faire.
Il est temps de faire.
Sentir la terre sous tes mains, comme un prolongement.
Sentir la terre sous tes mains, comme des retrouvailles.
La partie manquante du puzzle, les guillemets ouvrant la porte du jardin qui n’est pas encore là, mais l’a toujours été.
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Texte & photo © Nathalie Esperluète
