Virgule

Elle vit depuis longtemps dans une maison des bords de Loire. Des bords de Loire… Elle n’en est pas si sûre.
Il y a une rivière, des chemins creux, des galets, un silence peuplé d’oiseaux, de noisetiers & de gaieté.
L’air est léger. La brume, l’hiver, ouvre toujours sur le printemps. Il y a de l’espace, les lignes sont douces. Elles racontent la patience du travail de la terre, la lente croissance du saule, l’obstination joyeuse du jardinier qui remplace une à une les pierres par des fleurs & laisse aux oiseaux la vie sauvage de la haie.
L’hiver est rigoureux mais si la rivière gèle, c’est pour agrandir l’espace. Les arbres sans feuilles ne font plus obstacle. Les sons se propagent. On perd un peu de son armure & on savoure la chance du printemps qui viendra.
On parcourt le chemin en toutes saisons. Il nourrit tout son monde sans la moindre inquiétude. Il dit que la maison occupe exactement l’espace qui lui revient, comme la virgule dans la phrase, nécessaire, sans prétention & qui fait toute la différence.

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Texte & photo © Nathalie Esperluète

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