Tu nommes la forêt pour le chaos du monde.
Tu nommes la forêt, comme chatte enroulée,
écharpe de soie brune, palpitante,
encerclée par le feu, par le feu définie
Tu nommes la forêt,
humanité chorale, bruyante, trépidante,
avançant menaçante avec ses oriflammes,
dépouille abandonnée de toutes nos batailles
Tu nommes la forêt,
creuset des vents d’hiver, tombeau des souvenirs,
chemins cent fois suivis & cent fois effacés
Tu nommes la forêt,
continent englouti ou bien t’engloutissant comme sables mouvants
Tu nommes la forêt,
écaille d’univers, lisière frémissante,
dômes incandescents comme phares de tempête
Tu nommes la forêt,
sans cesse recommencée, sans début & sans fin,
où chaque souvenir pourrait être le tien,
chaque ligne de fuite ouvre un théâtre d’ombres
Tu nommes la forêt comme un sort que l’on jette,
un chant psalmodié de tous les horizons,
comme la pèlerine qu’on ne quitte jamais
& la mousse étoilée de nos semelles de vent.
Texte & photo © Nathalie Esperluète
