Le Fil d’Ariane

Il avait été question d’une semaine de camping. Elle n’était pas très motivée. Pour une fois qu’ils avaient quelques jours pour eux, elle avait rêvé de Toscane. Au moins les bords de la Loire pour laisser flotter ses pensées & oublier le quotidien.
Les choses s’étaient précisées. Ce serait une semaine de camping. Mais ni Toscane, ni bords de Loire.

Elle avait abandonné la partie.
Elle préparait son sac sans réfléchir. Elle faisait le sac de quelqu’un d’autre. Ce n’était même pas elle qui faisait ce sac. Elle se regardait en souriant ne pas être elle faisant ce sac.

L’instant s’étirait en longueur. Il avait la forme de son hésitation. Il était blanc & cotonneux. Ses contours évanescents étouffaient les bruits alentours.

Elle savait bien qu’elle était là & qu’elle avait des choses à faire, mais elle ne savait plus dire quoi. Ça n’avait aucune importance. Ses mains lui étaient étrangères, mais elles étaient déterminées. Elle les laissa volontiers reprendre le cours de la partie.

Le jour se lève. Il sera bleu & venté. Elle écoute les odeurs s’allumer l’une après l’autre. L’oiseau s’est posé près d’elle, juste derrière, un peu à gauche. Elle entend, ou bien est-ce qu’elle voit ?, le dessin que trace l’oiseau dans les méandres de son chant. Pourtant, elle est certaine du silence.
Elle sait qu’elle va devoir partir pour aller où elle ne veut pas. La partie se jouera sans elle, mais elle doit donner le change.

Elle fait le tour de la maison. Elle a besoin d’un fil d’Ariane pour ne pas se perdre en chemin. La photo de ses enfants dans un grand éclat de rire, une tablette de chocolat, les deux livres qu’elle veut finir, la dernière lettre de son fils.

Elle ferme la porte derrière elle. Elle est tout à fait certaine que le voyage en vaut la peine.

Texte & photo © Nathalie Esperluète

Laisser un commentaire